Paysans “biologiques” et technologies de pointe

L’agriculture biologique a pris son essor en Asie, en relation avec l’usage des technologies les plus récentes. Un petit coup d’oeil sur un processus intéressant dont on parle très peu, mais très intéressant....

Monsieur Tsang Lin Chuang est un agriculteur taïwanais qui habite le village de Shuanshi, à quelques kilomètres de la côte nord-est de Taïwan, pas loin de la capitale, Taipei.

Cet homme costaud et souriant est un des pères de l’agriculture biologique à Taïwan, un pays plus connu pour ses découvertes scientifiques, ses bains d’eau chaude soufrée, sa nourriture ausi variée qu’excellente et ses nouvelles technologies.

Et pourtant, sur le sol de cette île grande comme la Belgique, depuis quelques années, un mouvement en faveur de l’agriculture biologique se développe rapidement, en faisant appel aux technologies les plus en pointe et aux exemples sur le sujet venus d’Europe.

Monsieur Tsang est en effet un mélange local original entre traditions paysannes chinoises et utilisations des outils les plus modernes au service de la qualité de ses productions naturelles. Il élève des oies, des canards, des poules et des poissons. Il cultive sur diverses parcelles bien repérables pour les contrôleurs du Ministère de l’Agriculture un mélange savant et précisément calculé de produits allant des oignons aux épices, en passant par les pastèques et divers types de salades et légumes verts.

Son exploitation a été saluée comme une sorte d’exemple du développement de l’agriculture biologique à Taiwan par la presse spécialisée et plusieurs médias généralistes, même s’il explique son regret que les autorités ne soutiennent pas vraiment ce processus et que le coût des engrais naturels “sûrs"” soit 5 fois supérieure aux mêmes produits chimiques....

*_Et le soleil de l’agriculture biologique se leva à l’Est_*

En effet, Taiwan, et plusieurs autres pays d’Asie orientale, tels le Japon et la Corée du Sud notamment, connaissent une montée en puissance rapide de l’agriculture et de l’élevage biologiques.

L’information peut surprendre, mais elle est avérée, d’autant que les partisans de ce choix tendent à s’organiser et même à coopérer, à s’entraider et à communiquer par delà les frontières et les barrières de langues.

En 2006, 844 exploitations rurales de Taiwan ont été “certifiées” culture et/ou élevage biologiques par le Ministère de l’Agriculture, les critères pour obtenir ce précieux sésame étant très rigoureux et les contrôles stricts. Mais le certificat est “vendeur” chez les consommateurs taiwanais, notamment dans les classes moyennes.

Un livre dont le titre français est “*/Les fermes biologiques à Taiwan"/* est paru en 2006 sous l’égide de la très dynamique association japonaise qui promeut en Asie l’agriculture naturelle , “*/l’association internationale Mokich Okata “./* Il en ressort que, outre les 844 fermes homologuées par les autorités publiques à Taiwan, plusieurs milliers d’autres pratiquent plus ou moins, à différents niveaux, une agriculture de type biologique, souvent d’ailleurs du fait des conditions économiques assez pauvres de l’activité rurale dans certaines régions du pays.

Si aucune association nationale n’a encore vu le jour à Taiwan, contrairement au Japon où le pas a été franchi avec succès, il existe de nombreuses associations locales qui promeuvent cette agriculture naturelle, comme celle de Monsieur Tsang, qui préside “*/l’association des fermiers biologiques de Shuanshi/*”, laquelle organise même des cours de formation pour les paysans des environs et développe des partenariats très dynamiques avec des Universités ainsi qu’avec des entreprises du secteur agricole, notamment celles de nouvelles technologies dans ce domaine.

*_Traditions et modernité pour une agriculture biologique_*

Au Japon, en Corée du sud et à Taiwan, ce secteur agricole en pleine expansion profite à l’évidence du bénéfice de la rencontre étonnante, mais fructueuse entre traditions et modernité.

Car les religions traditionnelles de la région, notamment le bouddhisme et le taoïsme sous ses divers variantes nationales, encouragent spontanément l’agriculture biologique, comme le fait par exemple le monastère de Wu Cheng, à Gongliao, toujours sur la côte nord-est de Taiwan. Ce site religieux bouddhiste prépare activement un projet de culture biologique très spécifique : un terrain de production de plantes médicinales chinoises naturelles, ceci sur une propriété prêtée gratuitement par une donatrice aisée ! Les “paysans” en charge de ce travail seront des nonnes et des moines rattachés au monastère.

Par ailleurs, et les exemples abondent dans les 3 pays cités, les agriculteurs biologiques, s’ils veulent préserver l’environnement et la qualité de leurs produits, font appel pour atteindre ce double but aux technologies les plus modernes., que ce soit pour le suivi météorologique, le contrôle de l’irrigation, les choix des plants, les analyses du Ph des terres, les rapports de coût et de productivité.

A l’évdence, contrairement à une certaine image publique de “passéisme” donnée en France, voire en Europe occidentale, aux agriculteurs et éleveurs biologiques, ceux d’Asie jouissent de l’estime générale, de la confiance totale des consommateurs et d’une opinion publique massivement favorable à leur cause, tandis que leur compétitivité en termes de prix est garantie soit par l’usage des technologies productives les plus récentes et ici, moins coûteuses qu’en Europe, soit par la vétusté des modes de travail, d’où des prix moyens équivalents sur le marché entre produits naturels et “chimiques”.

*_Dialoguer, coopérer et progresser ensemble_*

Dans un tel contexte, les expériences, certes non transposables en Europe de ces agriculteurs biologiques asiatiques, peuvent sembler utiles à faire connaître au public européen, d’autant que l’agriculture dans les pays appelés “les dragons d’Asie” y connaît en général un développement quantitatif et qualitatif puissant qui pourrait à terme modifier certaines donnes internationales dans ce secteur économique.

Il n’est pas interdit de penser que des contacts entre agriculteurs biologiques d’Asie et d’Europe puissent devenir bientôt une réalité, d’autant que le protection de l’environement et la défense de la qualité de l’alimentation sont et seront de plus en plus liés, et relèvent manifestement d’une action à l’échelle de la planète.

Dans ce but, promouvoir une coopération internationale féconde entre agriculteurs et éleveurs biologiques des divers continents pourrait être une salutaire contribution.

Comme le dit Monsieur Tsang qui est convaincu de cela, “dialoguer, coopérer et progresser ensemble sera bon pour toute notre planète”.

Le message est transmis.

Publié par Gaëlle
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