Mon ADN, les drones et moi

( la seconde partie de ce texte est volontairement surréaliste. Ce ne sont que pures suppositions, quoique…)

Ca se passe en France en 2007.

Si, si, vous avez bien lu, en Fraaance, ce pays dit des Lumières, le berceau de l’humanisme, le pays de la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen.
Déclaration qui figure au préambule de notre Constitution.

Déclaration qui affiche dès son premier article le fait que :

Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune.

Pourtant en septembre et octobre 2007, on discute de ça !

(Pour ne prendre que la période la plus récente, il y a eu la loi du 26 novembre 2003 et celle du 24 juillet 2006 ; deux décrets : ceux du 17 mars 2005 et du 8 décembre 2006 ; trois circulaires (17 janvier et 27 décembre 2006, puis 22 février 2007) ; un arrêté le 28 septembre 2006. Peut-on être plus actif en matière législative sur un même sujet en si peu de temps ?)

On propose même des tests génétiques afin nous dit-on de favoriser le regroupement familial.
Comme si les mesures concernant ce dernier n’étaient déjà pas assez durcies par les conditions de ressources nécessaires…
« On » qualifie même ce test ADN de détail ! Ben voyons…

(Certes, il est un détail dans le sens où on ne focalise dessus que pour mieux faire passer le reste.)

L’homme n’est jamais à court d’imagination.

Les autorités du département du Nord sont loin d’être en reste d’ailleurs. T’as pas de papiers ? Ben c’est pas grave, on va te marquer !

Maintenant projetons nous en 2017 (voire avant, qui sait ?).

Ils sont plusieurs a avoir voulu rejoindre leur famille. Ils ont accepté de faire ce prélèvement de salive pour prouver qu’ils étaient bien de la même mère.
Ils sont venus alors au pays des Lumières.
On leur a défini des zones territoriales comme avant. En périphérie des villes, dans des logements datant des années post soixantuitardes. Dans des zones où les commerces ont baissé le rideau depuis bien longtemps. Dans des zones où le lien social n’est que lointain souvenir. Dans des zones où il n’y a que bitume pour seul terrain de jeu…
Ben quoi, ils sont presque tous de la même famille, ils doivent donc loger ensemble non ?
Quoi, quoi, ça risque de les rendre associaux, désoeuvrés, violents ?

Mais on s’en fout puisque maintenant on a ça !

En 2007, Noël Mamère s’en inquiétait déjà. Cela n’a pas suffit.

Les banlieues sous drones de surveillance , par Noël Mamère Share 9:26pm Saturday, Oct 27 dans Libé

Alors que le Parlement s’apprête à entériner l’amendement ADN dans une
loi sur l’immigration annonçant la fin du regroupement familial et le
démantèlement du droit d’asile, l’information selon laquelle le
ministère de l’Intérieur utiliserait des drones pour surveiller les
banlieues renforce le sentiment de guerre civile rampante. Le projet
nommé Elsa (engin léger pour la surveillance aérienne) a été présenté
la semaine dernière au Salon Milipol consacré à la sécurité intérieure.
Il se présente comme un oiseau d’un mètre de large et de soixante
centimètres de long, muni d’une caméra.

Ce drone équipera la police nationale pour surveiller à distance les
quartiers populaires et les manifestations. Des drones ont déjà été
utilisés en Israël pour des missions de contrôle mais aussi pour des
actions militaires. Leur généralisation en France serait une étape de
plus dans la stigmatisation d’une partie de la population, au moment où
ressort en livre de poche le classique de Louis Chevalier : Classes
laborieuses et classes dangereuses. De fait, il s’agit davantage de
créer un climat de défiance envers les habitants des banlieues que de
chercher à réduire une violence réelle.

La métaphore est évidente : les cités doivent être entourées par des
murs virtuels sous contrôle aérien permanent. Le sentiment de vivre
dans des territoires sous occupation militaire, dans une sorte de
colonisation, est déjà intériorisé par de nombreux jeunes issus de
l’immigration depuis les émeutes de novembre 2005 au cours desquelles
fut instaurée la loi sur l’état d’urgence, appliquée pour la première
fois depuis la guerre d’Algérie. Ce sentiment risque de sortir renforcé
par l’exhibition obscène de cette «technologie du futur» qui va faire
passer 1984 de George Orwell pour un conte de la comtesse de Ségur !

Les discours à répétition sur le Kärcher, l’identité de la France, la
colonisation positive, les caractéristiques de l’homme noir, les rafles
jusque dans les écoles, les amendements concernant l’ADN et l’exclusion
des sans-papiers de l’hébergement d’urgence ont une seule et même
logique que je n’ai cessé de combattre depuis des mois : trouver des
boucs émissaires, stigmatiser, racialiser la question sociale.

Cette logique de guerre coloniale conduit à des drames, comme celui de
la mort de Chunlan Zhang Liu, Chinoise sans papiers qui s’est
défenestrée le 21 septembre pour échapper à un contrôle de police.
Auparavant, quatre autres étrangers s’étaient défenestrés, en deux
mois, témoignant de la peur qui s’est installée chez des milliers de
familles qui n’osent plus sortir, circuler, aller travailler, étudier à
l’école… Les droits fondamentaux sont bafoués.

Les drones en banlieue ne sont qu’un dispositif de plus dans ce système
de surveillance généralisé qui s’installe jour après jour. Dans son
ouvrage Surveiller et punir, à propos de la prison, Michel Foucault
décrivait ce qu’il qualifiait de «panoptisme», ce système dans lequel
le maton, isolé dans sa tour, surveille ses détenus sans être vu.
L’effet majeur du panoptique : induire chez l’individu un état
conscient et permanent de visibilité qui assure le fonctionnement
automatique du pouvoir ; faire que la surveillance soit permanente dans
ses effets, même si elle est discontinue dans son action ; que la
perfection du pouvoir tende à rendre inutile l’actualité de son
exercice. Foucault poursuit : «Un assujettissement réel naît
mécaniquement d’une relation fictive, de sorte qu’il n’est pas
nécessaire d’avoir recours à des moyens de force pour contraindre le
condamné à la bonne conduite, le fou au calme, l’ouvrier au travail,
l’écolier à l’application…» Le drone, c’est l’application modernisée du
panoptique à la ville entière, c’est un système de surveillance
disciplinaire généralisé qui a pour mission de quadriller, contrôler,
dresser les individus.

La société de surveillance des drones et le bio pouvoir instauré par
l’ADN sont en train de transformer la démocratie et de dessiner la
société du futur. Accepterons-nous sans résistance ce «monde
merveilleux» où une partie du corps social vivra la peur au ventre,
confinée dans un apartheid qui ne dit pas son nom ? La société se
laissera-t-elle prendre en otage par un Etat autoritaire surplombé par
un surpouvoir monarchique qui règne sur un espace où chaque individu
est sans cesse repéré, fiché, examiné, enregistré à son insu, où ses
moindres mouvements sont surveillés par des milliers de caméras de
vidéosurveillance ? Ce totalitarisme soft doit être combattu pour ce
qu’il est, la négation des valeurs qui, de la Révolution française à la
Résistance, en passant par 1848, la Commune ou Mai 68, ont forgé la
seule identité nationale que je reconnaisse et qui se lie dans les
trois principes inscrits sur les frontons de la mairie de Bègles et des
36 000 communes de France : «Liberté, Egalité, Fraternité».

J’appelle les maires dont les habitants vont être l’objet de cette
suspicion généralisée à faire respecter ces principes en déclarant leur
ville «zones hors surveillance aérienne». Les drones ne passeront pas
dans le ciel de ma commune.

Publié par Gaëlle
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